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Bunkers del Carmel : Barcelone avec vue

Bunkers del Carmel : Barcelone avec vue
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Les Bunkers del Carmel - Barcelone avec vue

Des bunkers dans Barcelone ? Et oui ! Il en existe quelques uns au sommet de la colline Turó de la Rovira dans le quartier d’El Carmel. Bâtis pendant la Guerre Civile, les bunkers del Carmel vous plongent dans une partie fascinante de l’histoire espagnole, vous offrent une vue exceptionnelle sur la ville et dévoilent un endroit sympathique où se balader, se reposer et traîner hors des sentiers battus.

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© Elisabeth Blanchet

Des bombes et une batterie anti-aérienne

La grimpade jusqu’aux bunkers Del Carmel peut être un tantinet éreintante surtout si l’on sort d’un repas catalan consistent bien arrosé de Rioja… Mais la montée vaut vraiment le coup : vous serez subjugué par la vue à 360° sur Barcelone et par le caractère unique de l’endroit.

Quand la Guerre Civile éclate en Espagne en 1936, la colline Turo de la Rivera, haute de près de 300 m, constitue un endroit idéal pour construire des bunkers. Entre 1937 et 1939, ils sont utilisés par les Républicains comme défenses anti-aériennes contre les attaques fascistes. Ces derniers ont en effet compris que l’usage intensif de l’aviation et des bombardements les aideront à gagner contre les Républicains. De plus, Barcelone constitue une cible facile. On reconnaît de loin son front de mer distinctif. Pour l’aider dans son entreprise de renversement du pouvoir, Franco bénéficie aussi du soutien des aviations de ses pays alliés : l’Allemagne et l’Italie. En mars 1938, la capitale catalane subit le premier bombardement répétitif à grande échelle en Espagne. Sur deux jours, il tue 1300 civils et en blessent au moins 2000.

Difficile de neutraliser les bombardements. Les Républicains utilisent des tactiques telles que l’observation, des centres d’écoute, des projecteurs, des réflecteurs, des dispositifs ancêtres des radars, des canons anti-aériens et des avions de chasse. Mais, nous le savons tous, les moyens développés par la Défense républicaine ne suffisent pas. Franco et sa clique de militaires gagnent la guerre le 1er avril 1939. Pourtant, ce n’est pas une farce.

Les années Franco

Les bunkers Del Carmel sont rapidement désarmés puis abandonnés par l’armée franquiste. Pendant les premières années de la deuxième guerre mondiale, elle n’avait en effet probablement pas à craindre d’éventuelles attaques aériennes. Sous le régime franquiste, la population s’appauvrit, particulièrement dans les grandes villes. Barcelone n’échappe pas à la règle. Les bunkers commencent à servir de refuge et le quartier se transforme peu à peu en village-bidonville qui répond au nom de Los Cañones – inspiré bien sûr du passé militaire du quartier. Un village qui survivra jusque dans les années 90. On y installe des réservoirs d’eau, des mâts de communication pour que les habitants de Los Cañones puissent vivre plus décemment dans leur maison de bric et de broc. Dans les années 50, le village atteint un pic de population en hébergeant 7% de la population barcelonaise. Une dizaine d’années plus tard, Los Cañones compte plus de 3000 habitants, en majorité originaires d’Andalousie. Avec sa fontaine centrale, le village ressemble d’ailleurs fortement à ses cousins andalous. Une école pour adultes y est aussi créée pour que les habitants aient accès à l’éducation.

© Elisabeth Blanchet

Un site patrimonial

Dans les années 80 et 90, la population espagnole vit de mieux en mieux et les résidents de Los Cañones abandonnent leurs petits logements de fortune les uns après les autres. La colline Turó de la Rovira et ses bunkers tombent dans un certain oubli. Sauf des locaux toujours fans de la vue imprenable sur la ville et de la tranquillité de l’endroit. Des bunkers, ils voient la ville se transformer en destination de plus en plus touristique. Barcelone investit en effet dans ses infrastructures d’accueil et dans son patrimoine. La colline Turó de la Rovira n’échappe pas au changement : en 2011, l’Agence Carmelite et le Museu DHistoria De Barcelona MUHBA mettent en place un projet commun de transformation des bunkers Del Carmel en site patrimonial. Ils organisent des fouilles des bunkers, les restaurent partiellement et améliorent leur accessibilité.

Le MUHBA crée aussi un petit musée dans l’un d’eux : ce dernier décrit et dépeint les bunkers pendant la Guerre Civile ainsi que leur reconversion en logements temporaires sous Franco. De plus, grâce à leur emplacement unique, les bunkers Del Carmel font partie du « Balcon de Barcelone » qui comprend aussi les Tres Turons – les trois collines -, du pont de Vallcarca à la colline de Rovira. Un emplacement qui est aussi un point de vue stratégique pour décrypter et comprendre le développement urbain de la ville.

© Sam Hamper

Un trésor de moins en moins caché

Les bunkers Del Carmel sont encore aujourd’hui considérés comme des trésors cachés. Mais pas pour longtemps : ils attirent de plus en plus d’intérêt et de touristes curieux de découvrir leur histoire fascinante et la vue panoramique sur la ville, ses parcs et ses monuments les plus importants, le tout en une seule prise de vue ! Surtout, on y va pour l’ambiance et l’opportunité de se balader et de traîner tranquillement en compagnie de locaux qui viennent bavarder en fin d’après-midi, boire des coups ou pique-niquer. Comme eux, vous apprécierez la farniente sur les larges dalles de béton, une farniente souvent accompagnée de fonds musicaux tout droit sortis de mini speakers, bref un chouette « bol d’air » au-dessus de la grande ville.

S'y rendre

  • En metro : Sortez à la station Guinardó Hospital de Sant Pau, traversez le Parc del Guinardó jusqu’à son sommet ou allez aux bunkers en grimpant depuis les stations de d’El Carmel ou d’El Coll La Teixonera
  • En bus : Prenez le 24 à Passeig de Gracia jusqu’à Carrer de Mühlberg ou le V17 qui vous amène à l’entrée du Parc del Guinardó.

Et vous ? Avez-vous visité les bunkers del Carmel ? Qu’en avez-vous pensé ? Racontez-nous votre expérience !

Ne manquez pas la publication de notre prochain billet, rédigé pour la communauté U2GUIDE par le Dr. Noah Charney, finaliste du prix Pulitzer. 

Elisabeth Blanchet
Journaliste & Photographe |

Ancienne prof de maths,  je me suis reconvertie dans la photographie et le journalisme en 2003 à Londres où je vivais. J’ai travaillé pour différents magazines dont Time Out London et j’ai développé des projets à longs termes dont un sujet sur les préfabriqués d’après-guerre, une véritable obsession qui perdure, les Irish Travellers -nomades Irlandais- dans le monde, les orphelins de Ceausescu - je suis des jeunes qui ont grandi dans les orphelinats du dictateur depuis presque 30 ans -.  Je voyage beaucoup et j’adore raconter des histoires en photo, avec des mots, en filmant, en enregistrant… Des histoires de lieux, de découvertes, de voyages mais surtout de gens.

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